dimanche 23 septembre 2018

La récompense, ce démon des temps modernes

Lorsque j’indique que j’utilise la récompense et le clicker, la plupart des gens me regardent drôlement... soit ils ne savent pas ce que c’est, mais ne sont pas assez intéressés pour se renseigner, soit ils ne sont pas vraiment en accord avec l’usage de la récompense. La récompense est franchement mal aimée parmi le monde des chevaux, mais même avec les chiens et les chats, on a plutôt tendance à utiliser la punition positive (P+) que le renforcement positif (R+). Chez les chevaux, la méthode classique est un mélange de renforcement négatif (R-) et de P+. La récompense (R+) est pourtant un outil incroyable qui rend le travail plus rapide, plus amusant et plus participatif pour tout le monde. Mais pourtant la plupart des gens la rejettent pour diverses raisons. Il y a de nombreux mythes et préjugés face à l’usage de la friandise et nous allons en discuter ici avec mon avis sur le sujet.

** Pour ceux qu ne comprennent pas parfaitement les termes R+, R-, P+ et P-: http://hippi-que.blogspot.com/2016/04/renforcement-et-punition-demystifions.html


Les chevaux se mettent à faire les poches
Vrai, si la friandise n’a pas été ajoutée correctement dans le travail => faux, si le protocole de mise en place a été bien suivi. En effet, on ne peut pas simplement commencer le clicker et l’ajout de R+ n’importe comment. Comme toute technique de travail, il y a des règles de base importantes à suivre et à instaurer avec notre compagnon à 4 pattes.
Premièrement, il faut donner une valeur au clicker, à la base, cette chose ne veut absolument rien dire pour l’animal. Il faut l’associer à la récompense… Click => bonbon, le son doit être immédiatement (je veux dire vraiment immédiatement) suivi de la récompense. Il faut répéter cela quelques fois avant de pouvoir commencer à travailler avec le clicker. Lorsque l’animal entend le son et cherche déjà la nourriture, c’est que l’association click/nourriture est bien intégrée. Le travail peut alors commencer.
Le premier exercice à faire avec votre cheval dès que l’association clicker/nourriture est faite, c’est de lui apprendre que le nez dans la pochette à bonbon ne lui offrira jamais de nourriture. La plupart des gens auront tendance à physiquement pousser le cheval de la pochette, mais en fait, il faut simplement attendre en plaçant le bras sur l’ouverture (cela l’empêchera d’accéder à la nourriture). Le cheval va probablement travailler très fort pour pousser votre bras et avoir accès à la nourriture. Soyez patient. À un moment, un bruit ou un mouvement attirera son attention et votre cheval va déplacer sa tête de votre espace. C’est exactement à ce moment que vous clickez et récompensez. Il va alors remettre son nez dans la pochette, et le processus recommence. En peu de temps, votre cheval comprendra qu’avoir sa tête loin de la pochette est ce qui lui apportera la nourriture. Croyez-moi ça fonctionne !! Si l'animal est trop insistant et sort les dents, repoussez le gentillement et récompensez sa tête éloignée.

Voici un petit vidéo où je déconcentrait une jument afin de faire ses traitements d'hydro dans le calme alors que normalement, elle ne fait que bouger. Ce que je fais pour la déconcentrer est le premier exercice à faire en travaillant au clicker: tête loin du sac = récompense.


C’est tricher, le cheval ne le fait pas pour nous faire plaisir
Faux, désoler de ruiner votre vie, mais votre cheval ne fait rien pour « vous faire plaisir », il le fait plutôt pour éviter et se soustraire à la pression que vous lui infligez (R-), aussi légère soit-elle. Alors pourquoi ne pas lui procurer du plaisir à lui aussi! Soyons sincère, la plupart du temps, votre cheval serait beaucoup plus heureux de rester au pré avec ses potes que de travailler... intégrer une forme de récompense pour lui dans le travail est un excellent moyen de le motiver à offrir plus, car il reçoit en retour. De plus, il trouvera lui aussi son compte dans le travail. Normalement nous sommes ceux qui prennent le plus de plaisir dans l’histoire et je trouve important que le cheval y trouve son compte aussi !

Ce que je fais fonctionne, pourquoi changer ?
Par simple éthique => les techniques actuelles utilisent la pression comme motivation et le retrait de la pression comme « récompense ». Un stimulus aversif, parfois TRÈS aversif est utilisé afin que le cheval veuille s’y soustraire et fasse donc ce que l’on veut. Expliqué de la sorte c’est franchement moins sympa... J’en entends déjà dire « oui, mais moi je ne frappe pas mes chevaux et je les respecte ». Peut-être, mais vous tirez dans sa bouche pour le stopper, et vous utilisez vos jambes pour le faire avancer. Bien qu’il est plutôt impossible de travailler les chevaux sans R-, car même les plus légères demandes du mors ou des jambes restent tout de même des pressions, il est possible de rendre les choses plus agréables et moins aversives. Pourquoi ne pas lui proposer des choix et lui indiquer que le bon choix lui apporte de la nourriture, du repos ou des gratouilles à des endroits très spécifiques (garrot par exemple). En laissant à l’animal le choix, il comprend qu’il a du contrôle sur son environnement (ce qui peut faire une grande différence avec les chevaux anxieux). Il apprend à réfléchir et résoudre des problèmes et apprend à prendre part à l’entrainement (et souvent avec beaucoup de plaisir). Certains chevaux sont tellement tenus et microdirigés qu’une fois les rênes lâches ils sont totalement perdus et deviennent nerveux, car ils plus personne ne leur dit quoi faire.
Même si quelque chose « fonctionne », ça ne veut pas dire que c’est la meilleure méthode pour y arriver ! L’évolution ne devrait jamais être par besoin, mais plutôt par logique, parce que nous sommes une espèce intelligente qui évolue, tout simplement. Les méthodes actuelles « fonctionnent », mais combien de fois je vois les chevaux se plier aux demandes, mais de façon négative ? Souvent ! Des chevaux avec les oreilles tapées, qui démontrent des signes clairs d’irritations, qui se dérobent au travail, qui sont tendues comme des strings, etc. Ne serait-ce pas mieux de trouver une méthode qui rend tout le monde plus heureux ?


De plus, si vous retirez toutes contrainte physique, est-ce que votre animal reste près de vous, peut-il faire exactement la même chose que vous lui demandez lorsqu'il a ces contraintes sur lui? Si la réponse est non, c'est peut-être un bon indicateur que votre cheval n'apprécie pas forcément ce qu'on lui demande.

Mise en garde
Certaines mises en garde sont importantes pour éviter des problèmes ou des déceptions avec la récompense. Il y a, comme dans toute méthode, des règles importantes à respecter.

Retrait de la récompense :
À un moment, il faut retirer la récompense (pour certaines commandes, mais pas forcément pour tout). On ne peut simplement passer de récompense à pas de récompense, cela créerait beaucoup de frustration et pourrait aller même jusqu’à des problèmes d’agression. Il faut faire le tout de façon progressive => on en donne à toutes les bonnes réponses, puis à 1 sur 2, puis à une sur 3, etc. jusqu’à la retirer complètement. Pour certains comportements, comme les tours, je préfère ne jamais entièrement les retirer. Et je vais donc en donner de façon aléatoire pour que le cheval ait toujours envie de performer le tour parce qu’il est possible qu’il rassoie sa récompense.




Récompenser au bon moment et avec la bonne attitude
Il est important de récompenser l’animal pour les bons comportements seulement. Il faut récompenser lors des bonnes actions, mais il est important de faire attention à l’attitude du cheval. Si ce dernier à une attitude agressive, on ne doit pas la récompenser. S’il cherche à nous marcher dessus, nous pousser, etc. il est important de lui faire comprendre que cette attitude ne lui apportera rien. Si vous n’êtes pas à l’aise, il est préférable de finir la séance et de recommencer plus tard ou de se diriger vers un endroit plus sécuritaire => par exemple mettre votre cheval dans un box et rester à l’extérieur pour le travailler. Ainsi, vous êtes hors d’atteinte et protégé en cas d’agression.



Toujours finir sur une bonne note ?
On a souvent tendance à penser cela, c’est vrai d’une certaine façon, mais il faut faire attention à ce que le cheval nous dit. S’il ne veut vraiment pas performer ce que l’on demande, est-ce vraiment un manque de coopération ? ou se pourrait-il que ce soit nous qui sommes trop exigeants ? Y avez-vous déjà pensé ? peut-être avons-nous demandé trop, trop vite ? Baissez vos exigences afin de finir sur une réelle bonne note et pas sur un abandon du cheval. Parfois ils font ce que l’on ne demande pas par envie, mais par abandon. Ce qui à mon avis n’est pas du tout une bonne façon d’obtenir un résultat.
J’aimerais également préciser que parfois, les choses vont tellement mal qu’il est préférable d’arrêter immédiatement que de continuer dans cette optique. Parfois, tout le monde est dans un mauvais état d’esprit… Vous et votre cheval, dans ce cas, il est préférable de simplement stopper et reprendre un autre jour. Finir sur une bonne note n’est pas toujours ce qu’il faut faire, il faut parfois savoir s’adapter.

Le timming
Le plus important est d’avoir le bon timming. Il faut être précis dans les « click » pour récompenser les bons comportements, parfois un petit manque de timming peut carrément nous faire clicker un mauvais comportement et donc récompenser un mauvais comportement. En faisant cela, vous allez donc enseigner des comportements que vous ne désirez pas et vous allez vous demander pourquoi ils sont apparus. Sachez ce que vous désirez enseigner et soyez précis afin d’éviter les mauvaises surprises.



Alors voilà, beaucoup de personnes trouvent la récompense presque démoniaque ! Et pourtant, c’est un outil exceptionnel qui permet des progressions rapides et importantes. C’est également une excellente motivation pour le cheval qui peut lui aussi trouver quelque chose de très plaisant dans le travail. Bien que l’usage de la récompense peut en effet causer quelques problèmes, il est facile de les prévenir grâce à des bases très simples à instaurer. Comme toute technique, il est important de ne pas en faire usage de n’importe quelle façon et commencer son usage sans réellement savoir ce que l’on fait peut être problématique, mais c’est le cas de toutes techniques de travail. Pour ma part, c’est simplement une question « d’éthique », j’aime que ma jument soit récompensée pour ses efforts et elle me rend cette attention en m’offrant plus. Elle semble également beaucoup plus motivée dans le travail, elle semble plus heureuse et plus enjouée. Comme si elle avait hâte de bien faire la prochaine demande, car elle sait qu’elle aura de la nourriture. De plus, avec des chevaux plutôt nerveux, cela fait une très grande différence. Comme le clicker est très précis et est clicker au moment exact où la bonne réponse est effectuée, le cheval comprend avec précision ce qui est attendu de lui. Ce qui a pour effet de calmer les chevaux plus nerveux. Comme ils comprennent rapidement et bien ce qu’ils doivent faire, ils sont bien plus détendus.



PS: Si un cheval refuse de manger ou prend la nourriture sans la mâcher (il ne fait que la stocker dans sa bouche), cela indique que l’animal est dans un grand état de stress. Il sera donc important de diminuer nos attentes et de retirer l’animal de cette situation de stress. Un animal dans cet état de stress ne pourra pas réfléchir (son système est en mode réaction et non pas en mode réflexion), il ne pourra donc rien apprendre de toute façon.

lundi 26 mars 2018

L’obésité du cheval moderne: une révisio


L’obésité du cheval moderne: une révision
Introduction
Dans les pays industrialisés d’aujourd’hui, les chevaux, tout comme les gens, ont tendance à faire plus d’embonpoint qu’autrefois. Les chevaux ne sont plus utilisés pour travailler de longues heures dans les champs ou pour transporter toute la petite famille. Aujourd’hui, les équidés sont plutôt des animaux de compagnies, tout comme les chiens et les chats, mis à part le fait qu’on ne peut les faire dormir sur notre lit. Certains chevaux sont encore utilisés à des fins commerciales, comme avec les animaux de compétition, mais la plupart des chevaux sont en fait des animaux de compagnies utilisés à des fins de loisir. Ceci, ajouté au fait que les chevaux d’aujourd’hui ne sont plus hébergés dans les conditions précaires de leur ancêtre, a créé un nouveau problème : l’obésité. De plus en plus de chevaux de nos jours sont gardés sur une routine d’exercice légère à modérer (parfois même simplement en entretient et ne travaille pas) et ont accès à un fourrage de qualité toute l’année, même en hiver. Comme ils sont aujourd’hui des compagnons plutôt qu’un outil de travail, les chevaux ont accès à des soins de première qualité et à beaucoup d’amour, un amour parfois malsain. En effet, ils sont souvent trop nourris par amour. Il est important de comprendre ce problème parce qu’il peut avoir un impact très important sur la santé des chevaux. Pour comprendre le problème nous devons en comprendre tous les aspects : qu’est-ce qu’un cheval obèse, comment déceler l’obésité, comment bien évaluer un état de chair, quelles sont les causes de l’obésité, quelles en sont les conséquences, comment gérer le problème de façon saine et efficace, savoir ce qu’est un poids sain et finalement savoir quoi faire une fois le poids sain atteint. Comprendre tout cela permettra de mieux comprendre, gérer ou éviter l’obésité. Ce problème étant sérieux et de plus en plus fréquent, il sera très important de le prévenir afin d’éviter les conséquences néfastes sur la santé des chevaux.
Qu’est-ce que l’obésité et comment la décelé ?
Pour s’assurer de bien comprendre l’obésité, il faut s’assurer de connaitre ses composantes. La plupart des propriétaires de chevaux ont tendance à sous-estimer le poids et la condition de chair de leurs chevaux. La plupart considèrent leurs chevaux en état de chair optimale alors qu’ils sont gras et considèrent comme légèrement gras des chevaux obèses. Il est donc très important d’apprendre à faire une évaluation objective du poids de son cheval. Par définition le mot obèse veut dire : très gras, corpulent (Canadian Oxford Dictionary, 2014). Un cheval obèse aura des dépôts de gras partout sur son corps. Il y a plusieurs façons d’évaluer l’état de chair et la condition corporelle d’un cheval : la charte d’état de chair, la charte de dépôt de gras de l’encolure ainsi que la formule d’estimation du poids. Pour un meilleur résultat, tous ces outils peuvent être utilisés pour évaluer la condition globale du cheval.
État de chair
L’état de chair (Body condition scoring en anglais (BCS)) est probablement l’outil le plus utilisé afin d’évaluer la condition de chair d’un cheval. Il existe deux chartes d’état de chair : celle en 9 points et celle en 5 points (Cavanagh and Turnan, 2014). La plus utilisée est celle de Henneke et al. (1983). Elle classifie l’état de chair des chevaux en 9 catégories : émacié (1), très maigre (2), maigre (3), modérément maigre (4), modéré (5), légèrement gras (6), gras (7), très gras/obèse (8), extrêmement gras/obèse (9) (NRC, 2015). Pour plus de détails, vous référez à la figure 1 ci-dessous.

Figure 1 body scoring charts of Henneke et al. 1983
Pour évaluer la cote de chair, 6 points précis sur le corps du cheval sont utilisés : l’encolure, le garrot, les reins, la naissance de la queue, les côtes et l’épaule (figure 2 ci-dessous). Ces régions sont promptes au dépôt de gras et sont appelées « fat pads » en anglais, ce qui pourrait se traduire par plaque/dépôt de gras (Cavanagh and Ternan, 2014).

Figure 2: the 6 points of fat deposits source:http://hher.webs.com/neglectstarvation.htm
La personne qui procède à l’évaluation devra faire attention de n’évaluer que le gras et non pas la musculature (Cavanagh and Ternan, 2014). Certaines races sont plutôt promptes à faire une très grande masse musculaire qui pourrait ressembler à du gras, mais qui ne l’est pas.
Gras de crête d’encolure

Appelée “cresty neck” en anglais (CNS), l’évaluation de la crête d’encolure consiste à évaluer le dépôt de gras tout le long de cette dernière. Cette charte est plutôt nouvelle dans le monde équestre. Des recherches ont démontré une corrélation entre une crête d’encolure très grasse et un déséquilibre hormonal (Silva et al. 2015). Le BCS est un excellent outil pour évaluer l’état de chair d’un cheval et la CNS est un excellent outil pour évaluer les risques de troubles métaboliques (Silva et al. 2015, Frank, 2011). Par contre, le CNS ne devrait pas être utilisé seul. Certaines races comme les PRE ou les chevaux canadiens sont prompts à développer des dépôts de gras d’encolure sans pour autant être très obèses. Il est également à noter que les étalons peuvent aussi avoir une certaine prédisposition à en développer. Cet outil seul n’est donc pas recommandé pour évaluer l’état de chair d’un cheval.
Les dépôts de gras d’encolure sont considérés comme une réserve de gras à long terme, qui peut être utilisé en cas de privation de nourriture. Certaines évidences démontrent que la crête de gras pourrait grossir ou diminuer selon les changements métaboliques saisonniers des chevaux (Giles et al. 2015). Le CNS est un excellent outil qui peut permettre de mieux évaluer les prédispositions de certains chevaux à développer des problèmes métaboliques. Cela permettra d’identifier et de surveiller les chevaux plus à risque et ainsi de permettre à son propriétaire de réduire au maximum les facteurs de risques de SME (syndrome métabolique équin).
Afin d’aider à la compréhension, la figure 3 ci-dessous illustre la CNS. Un dépôt de gras excédant 3 demande plus d’attention, car c’est la limite au-dessus de laquelle les chevaux sont plus à risque de SME et de fourbure (Giles et al. 2015).


Figure 3 CNS, Carter, et al. Chart, 2009

Formule de poids

 Cet outil ne sera pas aussi utile pour évaluer si le cheval fait de l’embonpoint ou non ; comme les humains, les chevaux auront un poids idéal différent dépendamment de leur ossature, leur taille, leur race, etc. Estimer le poids du cheval sera utile pour deux points en particulier : calculer la ration quotidienne et garder une trace des variations du poids (mieux évaluer les gains ou les pertes de poids). Il existe deux formules afin d’estimer le poids d’un cheval : tour de sangle + la mesure de la pointe de l’épaule à la pointe de la hanche et le tour de sangle + la mesure de la pointe de l’épaule au à la pointe de la fesse (Cavanagh and Ternan, 2014). Ces formules sont faites pour les chevaux, les poneys et les chevaux de trait et sont disponibles en centimètres ou en pouces. Les chevaux miniatures ont, quant à eux, leur propre formule. Comme les centimètres sont plus faciles à utiliser que les pouces, c’est ce qui sera utilisé ici pour les formules.

 


Figure 4 How to take measurements
Formule cheval (en cm):
Poids (PD) en Kg +/- 10% =  ((tour de sangle²)* longueur à la pointe de la fesse)/11880 ou ((tour de sangle²)* Longueur à la pointe de hanche)/8717
Formule pour mini (en pouce): PD en livre +/- 5% = (9,36 x tour de sangle) + (5,10 x longueur) – 348,53
** Ces formules ne sont pas destinées à être utilisées avec les juments pleines et les poulains (Cavanagh and Ternan, 2014).
Pour garder un bon suivi des variations de poids chez un cheval, assurez-vous de toujours prendre les mesures aux mêmes endroits et avec le même ruban à mesurer, toutes variations pourraient entrainer des données erronées. Par exemple, ne mesurez pas un jour à la base du garrot et le suivant sur le dessus du garrot, le changement de mesure ne serait dû qu’au cm ajouté par le garrot et non par un réel changement de poids.
Qu’est-ce qui peut causer l’obésité ?
Suralimentation
Une des causes les plus évidentes et les plus répandues de l’obésité est la suralimentation. La suralimentation veut dire : offrir trop de nourriture (souvent à volonté) ou offrir des aliments trop riches (trop calorique). La plupart des chevaux, de nos jours, ne dépensent pas autant ou plus de calories qu’ils ingèrent (Shea Porr and Crandell, 2008, Loving, 2009). Lorsqu’un cheval consomme plus d’énergie qu’il en a besoin, le corps va commencer à emmagasiner l’excès de calories sous forme de gras (NRC, 2015).  La plupart des propriétaires ont tendance à donner des aliments à haute teneur énergétique (comme des grains et des concentrés) qui contiennent souvent un haut taux d’amidon. Les aliments à haute teneur en sucre comme l’amidon sont faciles à digérer, le corps a rapidement accès à ces types de sucres. Ces sucres simples (hydrate de carbone non structural)  sont faciles à briser une fois dans le petit intestin comparativement aux hydrates de carbone structuraux (ceux contenus dans le fourrage) qui demandent plus de travail et de temps à briser une fois dans le gros intestin (NRC, 2015). Comme ils sont une source facile et rapide d’énergie, ces aliments sucrés produisent rapidement un pic glycémique important. Ils sont d’ailleurs beaucoup trop énergétiques pour la majorité des chevaux de loisirs (Johnson et al. 2012). De plus, les chevaux ont maintenant accès à des pâturages de qualité qui sont souvent plus nutritifs et riches qu’ils n’en ont besoin, excédant souvent leurs besoins en énergie et en protéines (NRC, 2015). Beaucoup de chevaux qui sont au pâturage toute la journée souffrent souvent d’obésité puisqu’ils ont accès à de l’herbe de qualité à volonté. Les chevaux ont, à l’origine, évolué pour se nourrir de pâturage pauvre (Shea Porr and Crandell, 2008), ceci peut expliquer pourquoi il y a de plus en plus de chevaux souffrant d’obésité et de fourbure de nos jours.
En plus d’avoir accès à de la nourriture abondante et calorique, les chevaux ne bougent souvent plus assez. En effet, ils sont souvent hébergés dans des espaces restreints où ils n’ont pas beaucoup d’espace pour se déplacer et ils vivent souvent dans un environnement hypo stimulant. Ceci peut causer de l’ennui et lorsqu’ils s’ennuient, les chevaux peuvent manger bien plus qu’ils n’en ont besoin (Loving, 2009). Mais comme ils n’ont rien de mieux à faire, ils vont manger même s’ils n’ont plus faim. Lorsque les chevaux sont hébergés dans des environnements plus stimulants (non seulement physiquement, mais psychologiquement), ils peuvent passer plus de temps à faire d’autres activités que manger (plus de détails dans la section gestion).

Manque d’exercice
Un autre facteur très important dans la hausse de l’obésité chez le cheval est un manque très important d’exercice. Les chevaux ont évolué en tant que grande proie herbivore. Afin d’assurer leur sécurité, les chevaux se déplacent constamment pour trouver leur nourriture, de l’eau et éviter les prédateurs. Ils peuvent se déplacer sur plusieurs kilomètres dans une journée (Shea Porr and Crandell, 2008). Dans la nature, les équidés sont en constant déplacement, en captivité, c’est toute autre chose. La nourriture leur ait offerte dans une mangeoire, dans un box ou un petit enclos. L’eau, la nourriture et l’abri ne sont jamais bien loin un de l’autre, ce qui ne les encourage pas du tout à se déplacer. N’ayant plus besoin de se déplacer par survie, les chevaux, tous comme leur cavalier d’ailleurs, sont de plus en plus sédentaires.  De plus, certains ont encore moins de possibilités d’exercice étant gardé en box toute la journée et ne sont sortis qu’une heure par jour, en général, pour être entrainés et/ou pour être mis au paddock pour quelques heures seulement. Ces chevaux reçoivent de la nourriture de grande qualité, mais sans grande possibilité (ou volonté) de bouger de façon volontaire (NRC, 2015). Comme la plupart d’entre eux sont des chevaux utilisés pour le loisir, ils ne reçoivent bien souvent pas un entrainement régulier et très intense.
Génétique
Certains chevaux / races ont des prédispositions génétiques à développer l’embonpoint. Ce n’est pas un gène particulier qui les rend obèses, c’est plutôt la façon dont leur code génétique a évolué dans le temps pour faire face à l’environnement dans lequel ils se sont développés qui les prédispose à l’obésité. La plupart des races qui sont prédisposées à l’embonpoint (poney et chevaux) ont bien souvent évolué dans des climats arides, avec des hivers assez difficiles ou avec des étés particulièrement secs, rendant la nourriture moins abondante. Par temps de grand froid, les besoins en énergie des chevaux augmentent de 2,5% à chaque degré en dessous de -15°C (Cavanagh and Ternan, 2014). Puisqu’une telle augmentation en apport nutritif n’était pas toujours possible à l’époque, les chevaux qui étaient plus rustiques et qui étaient meilleurs pour faire des réserves de gras étaient ceux qui avaient de meilleures chances de survie et qui étaient également les plus utiles à la ferme. Le même genre de principe serait applicable pour les chevaux confrontés aux sécheresses : la nourriture était moins disponible et moins nutritive.  Il est également à noter que les juments ayant un mauvais état de chair (sous 5) étaient moins fertiles et avaient donc moins de chance de porter un poulain à terme (Cavanagh and Ternan, 2014, NRC, 2015). Les juments ayant plus de gras avaient donc plus de chance de porter un poulain à terme et donc de lui transmettre cette génétique favorable à leur survie dans les conditions de l’époque. C’est probablement pourquoi certaines races ont une forte tendance à l’obésité (même s’ils sont peu nourris): les géniteurs fondateurs de la race étaient probablement une bande « d’easy-keeper » (des chevaux qui entreposent facilement le gras).
Les chevaux qui étaient résistants à l’insuline étaient également avantagés dans ces types de climats (Treiber et al., 2006) puisque cette condition est possiblement reliée à certains gènes de « rusticité » ou « d’économie d’énergie » (Kaczmarek et al., 2016). La résistance à l’insuline pouvait favoriser les chevaux porteurs à une certaine époque puisqu’elles leur permettaient de faire de meilleure  réserve de graisse pour l’hiver.
Le cheval canadien, le poney shetland et le poney welsh sont quelques-unes des nombreuses races rustiques qui pourraient posséder ce type de génétique.
Syndrome métabolique équine (SME)
Le SME pourrait être placé autant dans les causes que dans les conséquences de l’obésité. Cette affection est plutôt comme un cercle vicieux : les chevaux obèses sont plus prompts à développer le SME et les chevaux étant SME sont plus prompts à devenir obèses (Loving, 2009). Les chevaux obèses sont plus à risque de développer le SME parce que les cellules adipeuses réagissent aux signaux endocriniens, plus il y a de cellules adipeuses, plus le cheval à de chance de développer des irrégularités hormonales. (Loving, 2009).  En plus, les chevaux avec cette condition ont plus de difficulté à perdre du poids parce que leur système est plus efficace que la norme pour tirer partit la moindre particule énergétique qui y entre (Frank, 2011). Ils font plus avec moins. Tout cela pour dire que ces chevaux tirent un meilleur avantage de tout ce qu’ils ingèrent que la plupart des autres chevaux (Frank, 2011). Ils peuvent donc être en surpoids même s’ils ne sont pas vraiment suralimentés.
Le SME n’est pas une maladie en soi, mais un symptôme clinique associé à certaines maladies. En fait, c’est un ensemble de facteurs de risque qui prédisposent un cheval à certaines maladies (Frank, 2011).

Les saisons
Les saisons peuvent affecter le poids des chevaux. Pourquoi ? Parce que jadis, les chevaux avaient besoin de faire des réserves d’énergie sous forme de gras en prévision de l’hiver. En effet, comme ils n’avaient pas toujours accès à de la nourriture soit en quantité ou en qualité, les chevaux faisaient naturellement des réserves avant l’hiver (Loving, 2009). Heureusement, les chevaux ne manquent plus de nourriture en hiver et reçoivent de meilleurs soins. Malheureusement, leur métabolisme ne s’y est pas encore adapté et agit toujours comme s’ils allaient manquer de nourriture. Les chevaux font donc des réserves de gras qu’ils n’utilisent pas et finissent donc l’hiver tout aussi gras (parfois même, plus gras) qu’au début.

Conséquence de l’obésité
Résistance à l’insuline
La résistance à l’insuline (RI) est probablement une des plus importantes conséquences de l’obésité de nos jours. Certaines évidences démontrent que la RI peut être promu par l’obésité (Loving, 2009).  Comme l’obésité peut être reliée à une trop grande consommation de nourriture riche en hydrate de carbone (Loving, 2009),  la RI pourrait donc également être promu par ce type de nutrition, pas seulement à cause de l’obésité (comme certains chevaux a l’entrainement sont en bon état de chair, mais reçoivent une grande quantité de ce type de nourriture).
La RI est un problème en relation avec les tissues corporels : c’est l’insuline qui indique aux tissus de capturer du glucose. Lors d’une RI, ces tissus deviennent moins sensible au signal de l’insuline ce qui résulte en une capacité réduite à capter le glucose sanguin (Loving, 2009). Puisque ces tissus deviennent moins sensibles au signal d’insuline, le corps se met à produire plus d’insuline afin de produire un signal plus fort (Shea Porr and Crandell, 2008). Voilà donc pourquoi les chevaux RI sont testés en mesurant leur niveau d’insuline sanguin : Le niveau de ces chevaux est nettement plus élevé que la moyenne. Il faut tout de même être prudent, le stress peut également faire augmenter l’insuline sanguine. Il sera donc important d’en discuter avec le vétérinaire et d’éviter que le cheval soit stressé lors du prélèvement. Si le cheval a dû être déplacé afin de faire son prélèvement sanguin, il faudra prendre en compte le stress produit par cela en interprétant les résultats.
La fourbure
La fourbure est également une conséquence très importante et répandue de l’obésité. La fourbure a été mise juste derrière la RI puisque cette dernière peut augmenter les risques de fourbure (Shea Porr and Crandell, 2008), tout comme le SME (Loving, 2009). Mais en fait, tout cela en revient à un facteur de risque prédominant : l’obésité. L’obésité est un facteur de risque important pour les deux conditions qui augmentent les risques de fourbure. Le lien direct entre la fourbure et l’obésité est surtout mécanique : le surpoids met plus de stress mécanique sur les pieds en leur faisant porter plus de masse. La conséquence : plus de risque d’hématome, d’inflammation et d’écrasement de structure à l’intérieur du pied (Loving, 2009). L’obésité peut créer un état d’inflammation généralisé dans le corps, ce qui peut également s’étendre jusqu’aux pieds. La fourbure est encore un problème en cours de compréhension, tous ses mécanismes ne sont pas encore complètement compris.
Le terme fourbure désigne généralement une inflammation des lamelles dans la capsule du pied (Loving, 2009). Dans les cas plus lourds, l’inflammation des lamelles peut devenir si importante qu’elle cause un détachement entre les lamelles de la muraille et celle de la phalange. Causant ainsi une rotation de la troisième phalange pouvant être plus ou moins important (Loving, 2009). Dans les cas les plus avancés, la phalange peut aller jusqu’à perforer la sole ce qui est extrêmement douloureux et handicapant pour un cheval, cela peut même mener à l’euthanasie de l’animal. Voilà pourquoi la fourbure doit être prise au sérieux et traitée dès le début des symptômes. La fourbure touche souvent les deux antérieures, parfois une seule (ce qui peut arriver suite à une surcharge du pied opposé lors d’une blessure), plus rarement les quatre membres.
Dès l’apparition des symptômes, il sera important de faire perdre du poids à l’animal afin d’éviter d’ajouter plus de stress sur ses pieds (Loving, 2009). Bien entendu, l’idéal est d’éviter complètement l’obésité et de ne pas attendre une fourbure pour faire perdre du poids à un cheval, mais une fois le problème présent, il est primordial de créer un bon programme de perte de poids (sera discuté plus bas).

* Il est tout de même important de préciser que la fourbure peut être causée par autre chose que l’obésité (rétention placentaire par exemple), bien que ces causes soient moins fréquentes, elles sont tout de même possibles (Loving, 2009).
Trouble orthopédique de développement (TOD)
Les troubles orthopédiques de développement sont un ensemble de problèmes de développement chez le poulain. Selon Cavanagh et Ternan (2014), ces troubles incluent : l’épiphysite, l’ostéochondrose, l’ostéochondrose disséquant (OCD), le syndrome de wobbler et les déformations angulaires des membres.
L’obésité et l’excès de nourriture chez le poulain peuvent avoir des conséquences importantes sur son développement (Loving, 2009). En effet, ce sont des facteurs de risque pour le développement de TOD ou DOD en anglais. L’excès de nourriture peut même augmenter les risques de TOD avant même la naissance du poulain : un excès de nourriture chez la poulinière peut entrainer ce genre de troubles chez le poulain encore en formation (Loving, 2009).
Lorsqu’un poulain est en surpoids ou obèse, ses articulations devront supporter plus de poids et ses os encore en croissance seront soumis à plus de stress qu’un poulain avec un poids idéal. De plus, l’excès de nourriture va donner tellement d’énergie au poulain que ça lui permettra de grandir à un rythme très élevé, plus élevé qu’un poulain recevant une ration plus conservatrice. Ce développement plus rapide du poulain augmente les risques de développer des TOD (Huntington, 2012, Cavanagh and Ternan, 2014). Il est également intéressant de noter que les recherches de Huntington (2012) ont démontré que les poulains obèses sont souvent de moins bons athlètes une fois adultes. À la vue de tous ces faits, il sera donc important d’éviter de céder à la tentation de trop nourrir la poulinière et son poulain. Beaucoup de propriétaires aiment « gâter » leurs animaux, les chouchouter et leur donner tout ce qu’il leur faut, et parfois (souvent) plus que ce qu’il ne leur faut. Voir les côtes sur un poulain en croissance est normal, la plupart des gens pensent que c’est un signe de maigreur, mais ce n’est pas le cas. Un poulain dont on voit légèrement les côtes, qui possèdent une bonne masse musculaire sur le reste de son corps n’est pas maigre.
Une nouvelle théorie vient d’émerger ; elle a trouvé une corrélation intéressante entre le développement de TOD et la sensibilité du cartilage à l’insuline (Huntington, 2012). Cela offre une raison de plus (même s’il y en a déjà assez) d’éviter le plus possible une alimentation haute en hydrate de carbone non structural (HCNS) chez les chevaux, spécialement chez les jeunes en développement, puisque ces aliments créer un pic de glycémie causant un grand relâchement d’insuline dans le sang.

Figure 5 les côtes sont visible sur cette pouliche canadienne, mais sa masse musculaire et son état général sont idéal.
Stress articulaire
Le stress articulaire est une conséquence importante de l’obésité, puisque plus de poids est mis sur l’articulation (Loving, 2009). C’est un simple principe physique : une surface qui porte du poids va distribuer le poids de façon égale sur toute sa surface (si cette dernière est droite et régulière), lorsque plus de poids est appliqué sur cette surface alors que sa taille, elle, n’augmente pas, la pression sur sa surface augmente. Une surface recevant plus de poids recevra donc plus de pression. Selon Loving (2009),  la surface lisse et brillante d’une articulation se dégrade lorsqu’elle est irritée par une surcharge. On peut donc en conclure que plus une surface articulaire doit porter de poids, plus elle risque de se dégrader rapidement (Loving, 2009).
Régulation de chaleur
Les chevaux obèses sont souvent moins tolérants à l’effort que les chevaux plus minces (Loving, 2009), ils se fatiguent plus facilement et ont une santé cardiovasculaire inférieure. Les dépôts de gras reflètent généralement une condition physique insuffisante (Loving, 2009). Lorsqu’un cheval gras débutera un programme de remise en forme, ses masses graisseuses seront petit à petit remplacées par de la masse musculaire.
Puisque le gras est un très bon isolant, les chevaux obèses sont prompts aux coups de chaleur et à l’hyperthermie (Loving, 2009, Tighe and Brown, 2004). En effet, leurs dépôts de gras abondants ne vont pas leur permettre de dissiper la chaleur proprement. De plus, comme les chevaux obèses doivent porter leurs kilos en trop, ils dépenseront plus d’énergie pour effectuer un même mouvement comparativement à un cheval plus mince, ce qui accentuera leur besoin de dissiper la chaleur (Shea Porr and Crandell, 2008).

Lipome intestinal
Un lipome intestinal est une tumeur graisseuse qui se développe dans la graisse corporelle (Loving, 2009). Un cheval en surpoids aura donc plus de risque de développer une telle tumeur. Les chevaux de plus de 15 ans seront également plus à risque (Shea Porr and Crandell, 2008). Même si cette tumeur est bénigne, elle peut tout de même créer des problèmes de santé sérieux. Ce type de tumeur se développe souvent dans le mésentère, une structure qui supporte les intestins. Elle peut donc pendre près des intestins et en bougeant, se retourner et s’accrocher à une section intestinale, ce qui aura pour conséquence une colique de strangulation (Shea Porr and Crandell, 2008). Ce type de colique est grave et peut mener à la mort si elle n’est pas prise en charge à temps.
Problèmes reproducteurs
L’obésité peut mener à certains problèmes chez les chevaux d’élevage. En effet, les chevaux obèses développent souvent des irrégularités au niveau métabolique et endocrinien (NRC, 2015), ces deux fonctions ayant un impact au niveau de la reproduction.
Chez les étalons, ces problèmes peuvent mener à de l’infertilité (Tighe and Brown, 2004). Chez les juments, c’est le contraire, les problèmes d’infertilité surviennent avec un BCS en dessous de 5. Elles auront également plus de mal à porter un poulain à terme. Toutefois, les juments ayant un BCS de 8 ou plus ne seront pas de meilleures poulinières pour autant (Frape, 2010). En effet, le BCS idéal d’une jument poulinière se trouve entre 5 et 7. Selon Cavanagh et Ternan (2014), les juments qui se trouvent au-delà de ce score pourraient avoir une phase lutéale prolongée ainsi qu’un intervalle entre les ovulations plus grandes, ce qui peut tout de même avoir un impact sur la performance reproductive. Les opinions sont toujours partagées à ce sujet.
Un désavantage certain de l’obésité chez les poulinières est au niveau de la mise bas. Comme il a été discuté plus haut, les chevaux obèses sont plus intolérants à l’effort. Les juments pourraient donc se fatiguer beaucoup plus rapidement lors du poulinage (Frape, 2010) ce qui peut être grave et même mettre la vie de la jument et du poulain en danger.
Diabète
Le diabète se trouve au dernier rang puisqu’il est plutôt rare chez les chevaux contrairement aux humains (Johnson et al. 2012). Bien que rare, le diabète est tout de même possible.
Cette affection est caractérisée par une hyperglycémie prononcée, causée par une insuffisance du corps à produire assez d’insuline ou une incapacité totale (Johnson et al., 2012).
La question qui se pose est : est-ce que les chevaux ont une prédisposition moindre à développer le diabète ? Ou en meurent-ils à un très jeune âge sans que personne ne remarque que la cause était le diabète. Ou peut-être cela n’est-il pas présent aujourd’hui parce que lorsque cette « tare » génétique se présente, les chevaux meurent avant même de pouvoir se reproduire (et donc de transmettre le/les gène(s)). Cette maladie est très peu étudiée chez les chevaux puisque très peu présente, il y a donc beaucoup de questions qui demeurent.
Comment gérer le problème
Surveillez votre cheval
Ce paragraphe vient en premier puisque la toute première étape de la gestion du poids est de garder en note les changements observés. De cette façon, vous saurez précisément les gains ou les pertes de poids de votre cheval. Lorsqu’un propriétaire voit son cheval tous les jours, il remarque moins les changements de condition physique puisque ces changements se font de façon trop graduelle.
Gardez un œil sur les progrès d’un cheval donne également l’opportunité d’ajuster la nutrition en conséquence des pertes de poids. Certaines personnes disent que la quantité de nourriture offerte à un cheval devrait être basée sur son poids santé, mais si on pense à un cheval extrêmement obèse, le changement pourrait être beaucoup trop drastique pour lui. En calculant le poids du cheval régulièrement, le propriétaire pourra diminuer progressivement sa ration au fur et à mesure. Une perte de poids régulière et progressive est préférable à une perte de poids draconienne en peu de temps (Shea Porr and Crandell, 2008). De plus, une perte de poids trop drastique peut mener à des problèmes de santé sérieux (discuté ci-dessous).
Certaines applications pour téléphone intelligent existent afin d’aider à garder en note le poids des chevaux ainsi que de calculer leur BCS. Certaines calculent le poids automatiquement une fois les données inscrites. Il est aussi possible de se faire des chartes maison afin de garder, sur le papier, ces données.
Augmenter l’exercice
La première règle pour la perte de poids est de bruler plus d’énergie que ce qui est consommé (Shea Porr and Crandell, 2008). Toutefois, il faut être prudent, il faut toujours augmenter très progressivement l’exercice chez un cheval en mauvais état physique (Shea Porr and Crandell, 2008). Comme chez les humains, les chevaux obèses doivent commencer doucement la remise en forme ; débuter l’entrainement de façon trop intense pourrait être dangereux pour eux. Cela pourrait causer des problèmes métaboliques ainsi que du stress thermique (Shea Porr and Crandell, 2008). Dans les premières semaines, un cheval très obèse et pratiquement jamais entrainé devrait être travaillé en mains pendant environ 10 à 15 minutes, au pas avec quelques foulées de trot (Cavanagh and Ternan, 2014, Shea Porr and Crandell, 2008). Aussitôt que le cheval devient plus en forme et plus mince, l’exercice peut augmente, toujours de façon progressive. La personne responsable de la remise en forme doit suivre le rythme propre à chaque cheval et noter les signes de fatigue. Il est également important de préciser que le pas et le trot brulent plus de calories que le galop et la course (Shea Porr and Crandell, 2008). Il est recommandé de ne pas intensifier le travail avant que le BCS soit plus près de la normale (5 à 6) (Cavanagh and Ternan, 2014).
Il est intéressant de savoir que l’exercice modéré et régulier peut aider à prévenir la RI et la fourbure (Frape, 2010). La sensibilité à l’insuline peut également être améliorée avec ce type d’exercice. Un programme de travail irrégulier est donc à éviter. Il est également intéressant de noter que le taux métabolique change avec l’exercice (Cavanagh and Ternan, 2014), un exercice irrégulier peut donc créer des problèmes en créant des changements métaboliques trop fréquents.

Ration contrôlée
Commencer à calculer et peser ce que le cheval mange dans une journée est une très bonne façon d’entamer sa perte de poids. Il y a toutefois quelques règles très importantes à respecter : aucune période de jeûne prolongée, minimum 1,5% du poids du cheval en foin/fibre et aucun programme alimentaire qui réduit la ration en dessous des recommandations du NRC face aux besoins minimaux en élément nutritif des chevaux.
Les chevaux ne devraient pas recevoir moins de 1,5% de leur poids en fibre ; les fibres sont extrêmement importantes pour la santé de leur tractus digestif (Cavanagh and Ternan, 2014). Les chevaux ont évolué pour s’alimenter de végétaux fibreux et pour les digérer dans leurs gros intestins/caecum. Certains pourront perdre du poids avec 1,75% de leur poids en fourrage et d’autres avec la dose minimale recommandée pour un cheval en entretien, soit 2%. Pour certains chevaux, le simple fait de calculer leur portion peut être suffisant pour leur faire perdre du poids. En effet, certains chevaux ont tendance à manger beaucoup plus que 2% de leur poids corporel en fourrage et donc en réduisant leur consommation, ils perdent du poids.

Afin d’éviter de trop réduire l’apport en fibre des chevaux tout en réduisant les calories consommées par le cheval, il suffit de choisir un foin qui est moins riche en énergie. Lorsque le foin est coupé seulement lorsqu’il est bien mature, il contient moins d’énergie, il est alors possible de donner une dose suffisante de fibre à un cheval tout en évitant de lui offrir trop de calories (Cavanagh and Ternan, 2014, NRC, 2015). Il est également possible d’ajouter de la paille hachée dans la ration de foin du cheval afin de lui offrir un peu plus à manger sans ajouter beaucoup de calories. Il faut tout de même être prudent avec la paille et ne pas en ajouter à outrance afin d’éviter les coliques d’impactions. Une autre option pour réduire l’énergie disponible dans le foin est de le faire tremper; au moins 1h en eau froide ou 30 min en eau chaude, enfin que les hydrates de carbone hydrosolubles soient retirés du foin (Cavanagh and Ternan, 2014, Loving, 2009). Ce procédé réduira donc la quantité de sucre dans le foin et ainsi sa valeur calorique. Lorsque cette option est choisie, il est important de savoir qu’une certaine quantité de vitamines (les vitamines hydrosolubles) seront perdues également. Il sera donc important de s’assurer de donner un bon complément de vitamines et minéraux afin de combler la réduction de cesdites vitamines). Si vous voulez en apprendre davantage sur les valeurs minimales de vitamines, minéraux, protéines, etc. que les chevaux doivent recevoir, recommandez-vous au NRC (national research council) qui est la référence pour l’alimentation équine. Il faut s’assurer que les chevaux reçoivent les recommandations minimales dans toutes les catégories à l’exception de l’énergie digestible, cette dernière pourra être légèrement en dessous de la valeur minimale (Shea Porr and Crandell, 2008, Loving, 2009).
Il est important d’éviter les périodes de jeûne prolongé, car cela peut entrainer des problèmes digestifs importants, compte tenu du fait que les chevaux doivent manger de façon quasi permanente (Cavanagh and Ternan, 2014). Les longues périodes de jeûne pourraient également causer de l’ennui ou du stress et faire apparaitre chez le cheval certaines stéréotypies orales.
En plus de réduire l’apport calorique des chevaux en réduisant l’apport énergétique du foin, on peut utiliser quelques stratégies de « slow feeding ». Utiliser des filets « slow feeder » de qualité peut vraiment aider à réduire la vitesse à laquelle un cheval pourra engloutir son repas (Glunk et al., 2014). En effet, ce genre de filet rend la préhension du foin un peu plus compliqué, ce qui fait que le cheval doit travailler un peu plus fort pour en extraire son foin. Cela est un excellent exercice mental pour le cheval et imite un peu plus la façon naturelle des chevaux de manger. En effet, lorsque les chevaux broutent, ils ne prennent pas d’énorme bouché de foin, mais souvent quelques brins à la fois. Par contre, il est important de vous assurer d’introduire les filets de la bonne façon afin d’éviter toute frustration chez votre cheval. En effet, si vous prenez tout de suite les mailles les plus petites sur le marché, il est possible que votre cheval, qui ne comprend pas encore le principe, ne mange pas suffisamment ou n’arrive pas à résoudre le problème. Il est recommandé de prendre les mailles les plus grosses et une fois que le cheval comprend le principe, en réduire doucement la taille en utilisant des filets avec des mailles de plus en plus petites. Malgré tout cela, il est important de fournir plusieurs repas par jour, il est préférable de donner plusieurs petits repas suivis de courte période de jeûne que deux gros suivis d’une longue période de jeûne (Shea Porr and Crandell, 2008).

La plupart des chevaux profiteront de leur petite période de jeûne pour faire une sieste et se faire dorer au soleil, mais certains chevaux plus actifs commenceront peut-être à gruger certaines choses ou trouver autre chose avec quoi s’amuser. Afin d’éviter l’ennui dans les périodes de jeûne, quelques stratégies peuvent être employées (voir enrichissement d’environnement ci-dessous).

Réduire ou retirer les concentrés (moulée, grain, etc.)
La plupart des chevaux n’ont pas besoin de concentrés (Shea Porr and Crandell, 2008), alors pour les chevaux devant perdre du poids, il est important d’en réduire la quantité au minimum (si vous devez par exemple en donner, car l’apport en protéine de votre foin est insuffisant) ou les retirer complètement (NRC, 2015). S’il y a un manque de minéraux dans la ration, si votre foin est un foin entreposé depuis plus de 6 mois, si vos sols sont déficients en sélénium, si vos ratios de minéraux ne sont pas adéquats ou si vous trempez votre foin, il peut toutefois être nécessaire d’ajouter un supplément de vitamine et de minéraux. Il est à noter que les moulées étant vendues comme étant une moulée fortifiée en vitamine et minéraux peuvent parfois être beaucoup plus caloriques qu’on le pense. Il est important de se renseigner sur sa teneur en gras et en sucre. Un complément de concentré de vitamine et minéraux est préférable pour les chevaux en programme amaigrissant. Également, si votre foin contient moins de 8% de protéine, il peut être nécessaire de donner un complément de protéine qui est bas en hydrates de carbone non structuraux (sucre simple) (Cavanagh and Ternan, 2014).
Accès contrôlé aux pâturages
Il est important de contrôler l’accès aux pâturages des chevaux ayant besoin de perdre du poids. Comme il a été dit précédemment, les pâturages excèdent souvent les besoins nutritionnels des chevaux. Les chevaux en surpoids auront donc besoin de certaines restrictions à ce niveau. Des temps d’accès restreint ou le port d’une muselière qui réduit la consommation d’herbe (Grazing muzzle) peuvent être des solutions intéressantes afin de permettre aux chevaux de profiter quand même de l’herbe fraiche et tendre de l’été (NRC, 2015). Il est très important de savoir que les niveaux de sucre dans l’herbe changent au cours de la journée. En effet, le pique de sucre en milieu d’après-midi et le niveau le plus bas sont en milieu de nuit (NRC, 2015). Donc d’après ces données, le meilleur temps pour envoyer les chevaux en perte de poids au pâturage serait le soir et pendant toute la nuit, puis de leur retirer cet accès en fin de matinée. Les niveaux de sucre changent également selon les saisons : le fructane est présent en plus grande quantité au printemps et en automne (lorsque les nuits sont fraîches, le sucre remonte dans les tiges (Loving, 2009). Si retirer les chevaux pendant ses périodes critiques est impossible, il peut être intéressant de se procurer une muselière de type « grazing muzzle » (GM) afin de réduire leur consommation tout en les laissant manger constamment (Loving, 2009).

 Une recherche faite par Longland et al. (2011) avait démontré que les muselières de type GM réduisaient la consommation de foin de 83% alors qu’une étude plus récente de Glunk et al (2014) a quant à elle démontré une réduction de la consommation de 29% seulement. Il est possible que cette différence de donnée soit expliquée par la variation entre les individus. Certains réussissent peut-être à manger mieux que d’autres. Cela peut également dépendre du type de GM utilisé et du temps passé avec cettedite GM. En effet, certains chevaux ont du mal au début, mais finissent par se faire la main et réussissent à manger beaucoup plus par la suite. Toutefois, on peut quand même en conclure que les GM aident réellement à réduire la consommation de foin !
Enrichissement d’environnement 
Certaines stratégies peuvent être employées afin d’éviter l’ennui chez les chevaux lors des périodes sans nourriture et d’autres stratégies sont vraiment plus complètes et essaient carrément de reproduire l’environnement naturel des équidés.
-          Paddock paradise : Les paddock paradise (PP) sont la nouvelle « tendance » dans le monde équin. Cela consiste à aménager les paddocks des chevaux d’une toute nouvelle façon en encourageant les déplacements et en ajoutant des obstacles sur le parcours. Il s’agit de ce qu’on appelle une « track », un pré façonné à la manière d’un sentier qui fera une boucle complète. Tout le long de ce sentier seront aménagées différentes stations. De façon générale, la station de l’eau et celle de la nourriture seront complètement à l’opposé l’une de l’autre. De cette façon, les chevaux ne pourront pas se rendre du point A au point B en ligne droite, mais devront suivre la piste. Le sentier peut également être construit avec différent type de sol, passant du sol natif à du petit gravier ou à du sable. On peut même y ajouter des obstacles comme de gros billots de bois en perpendiculaire de la piste que les chevaux devront enjamber. Toutes ces choses peuvent rendre l’environnement des équidés beaucoup plus intéressant qu’un simple paddock carré. Il est cependant certain que ce mode ne convient pas à tous. Mais tout de même, certaines idées peuvent être intéressantes à emprunter.
-          Sortie avec congénère : Les chevaux en perte de poids devraient être dehors le plus possible, encouragés à se déplacer. Être avec des congénères pourrait également l’encourager à bouger en le stimulant au jeu par exemple. Bien entendu, il n’est pas toujours possible de faire ainsi puisque les autres n’ont peut-être pas besoin de perdre du poids. Mais si d’autres chevaux ont également besoin d’une perte de poids, il peut être intéressant de les laisser ensemble dans un enclos afin de les encourager à se déplacer. C’est aussi simplement meilleur pour les besoins mentaux des chevaux.

-          Nose it : le nose it est une petite balle en plastique dure dans laquelle vous pouvez mettre de l’éconofoin, ou tout autre concentré très réduit en calorie. Il n’y a qu’un seul trou par lequel les friandises peuvent tomber et le cheval devra donc le pousser avec son nez pour en faire sortir son précieux contenu. Quelques gâteries réduites en calorie comme le concombre ou la courgette peuvent également être utilisées dans ce jouet. Cela pourra occuper le cheval pendant un temps mort.
-          Des jouets : Une multitude de jouets peuvent être disposés dans l’enclos afin d’occuper un cheval lorsqu’il n’a plus de foin pour s’occuper. Des jolly balls, des plus gros ballons (faits pour résister aux équidés), des bidons avec des objets à l’intérieur, un morceau de carotte ou de concombre suspendu dans un arbre, de simple buche de bois à gruger, etc. Soyez créatif et amusez-vous !
-          Des objets nouveaux : Disposez des objets nouveaux dans son enclos de temps à autre, cela piquera sa curiosité et l’occupera pendant un moment. Assurez-vous de surveiller la chose si les objets ne sont pas faits pour résister aux chevaux, sinon choisissez des objets dans lequel votre équidé ne risque pas de se prendre une patte, gardez le tout sécuritaire, mais cela pourra être un moyen de faire d’une pierre deux coups : occuper votre cheval et l’habituer à de nouveaux objets.

Les conséquences d’un mauvais programme de perte de poids
Perde un surplus de poids majeur est important pour la santé d’un cheval, mais le faire de la mauvaise façon est tout aussi préjudiciable pour sa santé. Il est donc important de savoir ce qui doit absolument être évité et ce qui peut arriver pendant un mauvais programme de perte de poids.
Empirer le problème
Lorsqu’un équidé est à jeun pendant plusieurs heures, il va manger plus et plus rapidement une fois qu’il aura de nouveau l’occasion de manger (Glunk et al. 2014). Il est donc inutile de le restreindre les heures où il a accès à la nourriture pour ensuite lui laisser libre accès à tout le foin dont il désire. Il pourrait manger tout autant, voire même plus que s’il aurait toujours accès à de la nourriture (Shea Porr and Crandell, 2008). De longues périodes sans manger peuvent également altérer la leptine, cette hormone qui indique à l’animal lorsqu’il n’a plus faim. Le rendant plus sujet à manger plus que ce dont il aurait réellement besoin puisque ce signal est retardé ou quasi inexistant (Loving, 2009).
De plus, l’estomac d’un cheval, qui produit de l’acide gastrique en permanence, n’est pas fait pour fonctionner « à vide ». Environ 3h après la fin d’un repas, l’estomac d’un cheval est vide, mais l’acide gastrique continue toujours de s’y déverser. Les jus gastriques deviennent donc de plus en plus acides et peuvent causer de graves ulcères d’estomac ainsi que des dérèglements intestinaux.
Le jeûne pendant plusieurs heures est donc à proscrire pour une bonne perte de poids, il est préférable de donner un accès constant au foin, mais de le rendre plus difficilement accessible (comme avec un filet à petite maille, par exemple) afin que le cheval ne se sente jamais en manque de nourriture.
Une diète déséquilibrée
La lysine et les protéines ne devraient jamais être données en quantité insuffisante (c.-à-d. en dessous du niveau minimum recommandé par le NRC). Ces deux éléments sont réellement importants pour le cheval, spécialement la lysine. Lorsque l’on réduit l’énergie digestible offerte au cheval, il faut faire attention que le reste des éléments soient offerts en quantité suffisante (NRC, 2015). Le foin devrait donc toujours être analysé afin de savoir exactement ce qu’il contient (analyse complète avec minéraux). Ainsi, il sera possible de calculer ce que le cheval reçoit par le foin et de pouvoir balancer la diète avec les bons suppléments. Car non, tous les suppléments ne sont pas pour tous les chevaux.
Une diète mal équilibrée peut mener à des carences qui peuvent être mauvaises, voire mortelles.  Prenons pour exemple la lysine : C’est un acide aminé essentiel dans la diète d’un cheval. En effet, si le cheval n’a pas une diète qui en contient assez, cela va réduire l’absorption  des autres acides aminés importants, rendant le cheval encore plus déficient (Canvanagh and Ternan, 2014). Une déficience en sélénium peut avoir un impact très sérieux au niveau de la fonction cardiaque  (Cavanagh and Ternan, 2014). En effet, cela peut créer des troubles cardiaques et même de la détresse respiratoire dans les pires cas, allant même jusqu’à a mort.
Il est toutefois important de regarder dans la diète pour des excès de certains minéraux. En effet, il est fréquent de voir un excès de fer dans le foin, allant jusqu’à 4 ou même 8 fois le minimum recommandé. Les excès peuvent être aussi nocifs que des déficiences. Le fer du foin ne causera pas un empoisonnement à votre cheval, mais il pourra réduire l’absorption de certains minéraux comme le cuivre et créer des carences. Il est donc aussi important de balancer les ratios de minéraux surtout lorsqu’un des éléments se trouve en excès et pas les autres. Voilà également pourquoi tous les suppléments de vitamine ne sont pas toujours balancés pour tous les chevaux. Pour ce cas particulier, notez que la plupart des suppléments ont du fer ajouté… Voilà donc un supplément alimentaire qui serait contreproductif.
Hyperlipémie
L’hyperlipémie se produit lorsqu’un cheval est soumis à une diète très hypocalorique pendant trop longtemps (Frape, 2010, NRC, 2015). Afin de fournir de l’énergie au corps qui n’ingère pas assez de calories pour sa survie, le foie va mobiliser une grosse quantité de gras qui va s’y accumuler (Frape, 2010, Johnson et al., 2012). Ce problème est toutefois plutôt rare chez les chevaux et plus fréquent chez les poneys et les ânes(NRC, 2015). Les chevaux ayant des gênes rustiques sont tout de même plus à risque que les races à sang plus chaud (Johnson et al. 2012). Les juments spécialement en fin de gestation sont également plus à risque que les étalons et les hongres (NRC, 2015).
L’hyperlipémie sera facilement diagnostiquée en faisant une prise de sang. Il sera même possible d’en détecter la présence à l’œil nu, car une fois le sang séparé, le sérum sera opaque et d’une couleur crème (Dacre et al. 2003). Son traitement est toutefois difficile et le taux de mortalité est très élevé (60 à 80%) (Dacre et al. 2003) car cela mène souvent à de l’insuffisance rénale et hépatique (NRC, 2015).
Voilà pourquoi il est important d’avoir une perte de poids lente et régulière et de s’assurer que le déficit calorique de l’animal n’est pas trop important.

Qu’est-ce qu’un poids santé ?
Le poids santé dépendra toujours de chaque cheval, de sa structure osseuse, de sa taille et même de sa race. Le BCS est un meilleur outil pour vérifier l’état de chair du cheval et où il en est par rapport à un état de chair plus sain. Pour un cheval de loisir, le BCS santé se trouve autour de 5 ou 6, mais le BCS optimal pourra changer pour certains cas (NRC.,2015):
-          Jument poulinière : La poulinière devrait avoir un état de chair entre 5,5 et 7
-          Poulain : Il est mieux de garder l’état de chair d’un poulain autour de 4 ou 5
-          Chevaux de sport : Les chevaux de sports de vitesse devraient avoir un BCS autour de 5
-          Chevaux de dressage : les chevaux de dressage ont souvent un BCS autour de 6

De façon générale, se concentrer sur les valeurs du milieu et éviter les valeurs dans les extrémités de la charte est un bon point de départ : rester dans les valeurs de 4 à 6 est un excellent choix. Car plus ou moins que cela n’est plus vraiment santé à l’exception des poulinières qui peuvent se permettre un 7 (mais pas le dépasser), car une fois la mise bas effectuée, la lactation lui demandera beaucoup d’énergie et il est préférable qu’elle ai quelque réserve en banque.

Et après ?
Une fois le poids santé obtenu, augmentez graduellement la ration afin de trouver l’équilibre ; lorsque le cheval ne perd ni ne gagne du poids. Il sera toujours nécessaire d’ajuster la ration au cours de la vie d’un cheval. Les changements saisonniers et les changements du travail nécessitent souvent des changements alimentaires réguliers.
Si, à un certain point, le cheval a besoin de plus d’énergie, car son activité a grandement augmenté, privilégiez les aliments à haute teneur en fibre et dont les calories proviennent du gras plutôt que du sucre. De façon générale, les chevaux ayant une tendance à l’obésité n’ont pas besoin d’aliment avec plus de 6% de matière grasse (Shea Porr and Crandell, 2008). L’huile végétale peut également être une bonne addition à sa ration habituelle afin de lui procurer le supplément de gras dont il a besoin. De plus, l’huile possède un indice glycémique bas, ce qui est indiqué pour les chevaux ayant une génétique rustique (qui sont souvent plus prompt aux problèmes du type fourbure, RI et SME).
Une fois la perte de poids complété, ne vous assoyez pas sur vos lauriers, il y a encore du travail à faire. Les chevaux de type « easy keeper » ou rustiques auront toujours cette facilité à prendre du poids. Gardez donc en tête les points suivants :
-          Continuez l’exercice sur une base régulière : faites attention a avoir un programme qui évite les arrêts et les recommencements d’exercice fréquents.
-          Augmentez très progressivement sa ration afin de trouver la ligne très mince où il ne perdra ni ne prendra de poids.
-          Tout changement alimentaire doit être fait encore plus progressivement que pour « la norme ». Surtout lorsqu’on parle de la transition entre une alimentation de fourrage et la mise au vert.
-          Gardez toujours les sucres (surtout les sucres simples) au minimum.
-          Priorisez l’ajout de gras plutôt que de sucre si un petit boost est nécessaire.
-          Continuez de garder un œil sur le poids de votre animal et sur l’équilibre de sa ration.
-          Faites des examens vétérinaire annuels afin de garder un œil sur son état de santé général et de surveiller l’apparition de toute maladie souvent reliée aux chevaux de types rustiques.

Conclusion
Il n’y a pas de régime miracle chez le cheval (tout comme c’est le cas pour l’homme), certains sont plus faciles à gérer et d’autres sont un vrai cauchemar à faire maigrir. Ce qui est important c’est de faire de votre mieux afin d’augmenter graduellement la charge de travail de votre animal tout en réduisant progressivement son apport calorique quotidien. Gardez toujours en tête de suivre les recommandations du NRC au niveau de l’alimentation équine. Évitez également tout changement extrême dans l’alimentation de votre cheval ainsi que dans sa quantité d’exercice quotidien.
Le métabolisme de certaines races de chevaux (rustiques) et de poney ne se sont toujours pas adapté à la récente abondance de nourriture et la réduction importante de la charge de travail qui leur ai imposé. Il est donc du devoir de leur propriétaire d’essayer de gérer au mieux ce problème. Cela est d’une importance capitale afin d’éviter plusieurs problèmes de santés importants qui causeront de la souffrance à votre animal et qui pourraient vider votre compte en banque dans le temps de le dire ! Les gens s’indignent beaucoup plus en voyant un animal amaigrit qu’un animal obèse, pourtant, ni un, ni l’autre ne sont bonne pour le cheval. Les deux peuvent causer leurs lots de maladies et de souffrance. Il est donc important d’ouvrir les yeux et d’enrichir l’environnement de votre équidé et de lui offrir un mode de vie plus sain afin qu’il puisse vivre en meilleure santé.



Bibliography

Books
Canadian Oxford Dictionary,2004, second edition, edited by Hatherine Barber, Oxford university press
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